FISCALITÉ & SOCIAL 18.07.26 · 9 MIN

Plus-values latentes et transformation de société

Transformation de société et plus-values latentes : quelles conséquences fiscales ? Report d'imposition, neutralité, pièges à éviter. Guide expert 2026.

Sommaire — 7 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 La transformation régulière d'une société ne crée pas de personne morale nouvelle : en principe, les plus-values latentes sur actifs ne sont pas immédiatement imposées.
02 Le vrai risque fiscal n'est pas la transformation elle-même, mais le changement de régime fiscal qu'elle peut entraîner (passage IS ↔ IR) : ce basculement peut cristalliser des bénéfices en sursis d'imposition.
03 Un commissaire à la transformation est obligatoire pour passer en SAS : son rapport sur la valeur des actifs est la pièce centrale qui documente les plus-values latentes existantes.

La transformation régulière d’une société ne crée pas de personne morale nouvelle — le SIREN, les contrats et le patrimoine sont conservés (article 1844-3 du Code civil ; article L210-6 du Code de commerce). En principe, les plus-values latentes sur actifs ne sont donc pas immédiatement imposées. Mais le diable se cache dans les détails : changement de régime fiscal, bénéfices en sursis, rapport du commissaire à la transformation. Voici ce que vous devez savoir avant de signer.


Transformation et continuité : pourquoi les plus-values ne sont pas automatiquement imposées

Le principe de continuité de la personne morale

Lorsqu’une SARL se transforme en SAS, ou qu’une EURL devient une SASU, la société ne disparaît pas. Elle ne cède pas ses actifs à une entité nouvelle. Elle change simplement d’habit juridique. C’est ce que posent explicitement article 1844-3 du Code civil et article L210-6 du Code de commerce : la transformation régulière ne crée pas de personne morale nouvelle.

Conséquence directe : aucun transfert de propriété des actifs n’intervient. Un fonds de commerce, un immeuble, des titres de participation inscrits à l’actif de la SARL restent inscrits à l’actif de la SAS, pour la même valeur comptable nette. Aucune cession, aucun profit comptable réalisé, aucune plus-value imposable à ce stade.

C’est la différence fondamentale avec le passage d’une entreprise individuelle en société : dans ce cas, il n’existe pas de transformation au sens strict — il s’agit d’une création de société nouvelle suivie d’un apport ou d’une cession du fonds, avec des conséquences fiscales bien distinctes.

Ce que le rapport du commissaire à la transformation révèle

Pour toute transformation en SAS, l’article L227-3 du Code de commerce impose l’intervention d’un commissaire à la transformation. Sa mission : établir un rapport sur la valeur des biens composant l’actif social et sur les avantages particuliers stipulés.

Ce rapport est la première mise en lumière formelle des plus-values latentes. Le commissaire confronte :

Actif concernéValeur comptable netteValeur réelle estiméePlus-value latente
Fonds de commerce50 000 €280 000 €230 000 €
Immeuble inscrit à l’actif120 000 €450 000 €330 000 €
Titres de participation10 000 €85 000 €75 000 €
Matériel (amorti)5 000 €8 000 €3 000 €

Ces chiffres n’entraînent pas d’imposition immédiate — mais ils documentent une réalité fiscale qui ne disparaîtra pas. Lorsque ces actifs seront cédés, les plus-values se calculeront sur la même valeur comptable de départ (hors réévaluation libre décidée par ailleurs). La transformation ne remet pas les compteurs à zéro.

⚠️ Point de vigilance praticien : certains dirigeants pensent que la transformation est l’occasion de “réévaluer” les actifs au bilan pour effacer des plus-values latentes. C’est inexact : une réévaluation libre est possible mais elle génère un écart de réévaluation imposable dans certains régimes. Ne confondez pas le rapport du commissaire (qui constate) et une réévaluation comptable (qui modifie le bilan avec ses propres conséquences).


Le vrai risque fiscal : le changement de régime d’imposition

Quand la transformation bascule le régime fiscal

Une société peut être soumise à l’impôt sur le revenu (IR) ou à l’impôt sur les sociétés (IS). La transformation peut, selon les situations, modifier ce régime — et c’est là que les plus-values latentes entrent en jeu fiscalement.

Cas le plus courant : SARL à l’IR (régime de l’article 8 du CGI ou option IR des petites sociétés) qui se transforme en SAS.

La SAS est en principe soumise à l’IS. Si la SARL était à l’IR, la transformation emporte cessation du régime IR et entrée dans le régime IS. Or, à la date de cette bascule, certains éléments peuvent être placés en report ou sursis d’imposition :

  • Les bénéfices courants non encore imposés entre le début de l’exercice et la date de transformation.
  • Les plus-values latentes sur certains actifs selon le régime antérieur.
  • Les provisions constituées sous le régime IR qui ne seraient plus déductibles en IS.

📌 En pratique : le passage IR → IS ne déclenche pas immédiatement l’imposition de toutes les plus-values latentes. Le droit fiscal prévoit des mécanismes de report ou de sursis. Mais ces sommes resteront dans le “réservoir fiscal” de la société et seront imposées lors de leur réalisation effective : cession de l’actif, distribution de réserves, liquidation.

Le cas symétrique : IS → IR

Moins fréquent, mais le passage d’une SAS à l’IS vers une SARL optant pour l’IR (possible sous conditions pendant 5 exercices) peut aussi cristalliser des conséquences. Les plus-values latentes constatées à la date de sortie de l’IS doivent être analysées avec soin. Ce scénario concerne notamment les sociétés patrimoniales ou celles en phase de transmission.

Le cas de la société qui reste à l’IS

Si la SARL était déjà à l’IS et se transforme en SAS (qui reste à l’IS), il n’y a pas de changement de régime fiscal. Les plus-values latentes restent simplement latentes, ni déclenchées ni réévaluées. La continuité fiscale est totale. C’est le cas le plus simple — et le plus fréquent dans les opérations d’entrée d’investisseurs que nous accompagnons.


Le cas Sofiane : comment les plus-values latentes ont failli compliquer la transformation

Sofiane dirige NovaTech Solutions, une SARL à l’IS depuis sa création. La société détient à son actif un local commercial acquis il y a huit ans pour 200 000 € (valeur nette comptable après amortissements : 140 000 €). La valeur de marché est estimée à 520 000 € par un agent immobilier.

Lorsque Sofiane initie la transformation en SAS pour faire entrer un fonds d’amorçage, le commissaire à la transformation documente cette plus-value latente de 380 000 € dans son rapport. L’investisseur le voit. Il pose des questions légitimes : que se passe-t-il si la société cède le local après la transformation ? La réponse : la plus-value imposable sera calculée sur la valeur comptable nette de 140 000 €, soit potentiellement une imposition à 25 % sur 380 000 € (moins l’amortissement déjà réintégré).

Ce n’est pas un problème créé par la transformation — cette plus-value existait avant, elle existera après. Mais la transformation a obligé tout le monde à regarder le bilan en face. C’est souvent une bonne chose : mieux vaut le savoir avant d’ouvrir le capital.

Parce que NovaTech était déjà à l’IS et le reste après transformation, il n’y a eu aucune imposition, aucun événement fiscal au jour de la transformation. La continuité est totale. Pour en savoir plus sur la procédure complète, consultez notre guide sur la transformation de société.


Les actifs à surveiller particulièrement

Tous les actifs ne portent pas le même risque de plus-value latente. Voici les catégories à analyser en priorité avant d’engager une transformation :

Immobilier d’entreprise

C’est le gisement de plus-values le plus fréquent dans les PME. Un local commercial acquis dans les années 2000-2010 peut avoir triplé de valeur dans certaines métropoles. La valeur comptable (diminuée des amortissements) peut être très éloignée de la valeur réelle. Tant que la société ne cède pas, il n’y a pas d’imposition — mais le risque existe et doit être documenté.

Fonds de commerce et clientèle

Une SARL qui a développé une marque, une clientèle fidèle ou un réseau de distribution peut porter un fonds de commerce dont la valeur réelle dépasse très largement la valeur comptable (souvent nulle si développée en interne). Le commissaire à la transformation devra l’estimer. Cette estimation peut révéler des plus-values significatives qui, en cas de cession future, seront imposées à l’IS.

Titres de participation

Une holding qui se transforme peut détenir des participations dans des filiales dont la valeur a progressé. La transformation ne cristallise pas de plus-value, mais le rapport du commissaire rend visible ce que le bilan taisait.

💡 Conseil Alexis Egron : avant d’engager toute procédure de transformation, faites réaliser un audit fiscal et comptable de l’actif. Pas pour bloquer la transformation, mais pour en anticiper les conséquences à moyen terme — notamment si une cession d’actif est envisagée dans les 3 à 5 ans qui suivent. Le coût de cet audit est sans commune mesure avec la surprise fiscale qu’il permet d’éviter.


Procédure : ce qui se passe concrètement au moment de la transformation

Voici les étapes clés d’une transformation SARL → SAS qui impliquent une dimension fiscale directe :

ÉtapeActeurEnjeu fiscal/comptable
Arrêté des comptes intermédiairesExpert-comptableBase de référence pour le commissaire et pour le calcul de toute imposition éventuelle
Rapport du commissaire à la transformationCommissaire désignéValorisation des actifs, mise en lumière des plus-values latentes
Décision de transformation à l’unanimitéAssociés (article L227-3 du Code de commerce)Acte déclencheur — date fiscalement importante
Refonte des statutsAvocat / juristeIntègre le nouveau régime de direction et la nouvelle forme
Annonce légale de transformationJAL habilitéPublicité légale obligatoire — 199 € HT (229 € HT à La Réunion et à Mayotte)
Dépôt au guichet unique INPIDirigeant / mandataireInscription modificative au RCS et mise à jour du RNE
Déclarations fiscales de transitionExpert-comptableClôture éventuelle d’une période IR, déclarations de plus-values en sursis si applicable

La date retenue pour la transformation a une importance fiscale : elle délimite les exercices, les régimes applicables et les bénéfices à rattacher à chaque période. Elle doit être choisie avec votre conseil fiscal, pas dictée uniquement par les impératifs commerciaux.

Pour les aspects de publicité légale, lisez notre guide complet sur les mentions obligatoires de l’annonce légale de transformation et le guide 2026 de l’annonce légale SARL en SAS.


Ce que change le régime social du dirigeant — et pourquoi c’est lié

La question des plus-values latentes est souvent traitée séparément du régime social du dirigeant. C’est une erreur d’approche.

Quand Sofiane passe de gérant de SARL (travailleur non salarié (TNS)) à président de SAS (assimilé salarié), ses cotisations sociales augmentent significativement. Cette hausse réduit mécaniquement la capacité de la société à constituer des réserves. Or, c’est précisément le niveau des réserves accumulées qui déterminera l’imposition future lors d’une cession ou d’une liquidation.

Par ailleurs, pour les gérants majoritaires de SARL, les dividendes sont soumis à cotisations TNS au-delà du seuil de 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes versées en compte courant. En SAS, les dividendes du président ne sont pas cotisés — ils sont soumis au 30 %. Ce changement modifie la stratégie optimale de rémunération et de mise en réserve, et donc indirectement la gestion des plus-values latentes à moyen terme.

⚠️ Piège fréquent : des dirigeants optimisent la transformation sur le plan juridique et fiscal sans recalculer leur coût social. Résultat : une pression de trésorerie inattendue qui les pousse à distribuer davantage — et à potentiellement “réveiller” des plus-values en réserve.

Pour éviter ce type de déconvenue liée à la trésorerie de la société, consultez également notre article sur le capital social insuffisant lors d’une transformation.


Ce qu’il faut retenir avant de décider

La transformation de société n’est pas un événement fiscal neutre par nature — elle l’est dans la plupart des cas pratiques (IS → IS, transformation régulière), mais elle ne l’est pas automatiquement. Trois questions doivent être posées avant d’engager la procédure :

1. La société change-t-elle de régime fiscal ? Si oui, faites cartographier les bénéfices en sursis, les provisions et les plus-values latentes avec votre expert-comptable et votre conseil fiscal.

2. La société détient-elle des actifs dont la valeur réelle dépasse significativement la valeur comptable ? Si oui, le rapport du commissaire à la transformation sera l’occasion de documenter ces écarts. Anticipez les questions de l’investisseur ou de la banque.

3. Une cession d’actif ou de titres est-elle envisagée dans les 3 à 5 ans ? Si oui, la date de transformation, la structuration des réserves et le choix du régime fiscal à l’issue de la transformation doivent être coordonnés avec cette perspective.

La transformation est une décision de maturité stratégique, pas une simple formalité administrative. Elle mérite une analyse fiscale dédiée — menée avant de signer les statuts refondus, pas après.

Pour les enjeux de gouvernance lors d’une transformation complexe, notre article sur les clauses d’agrément et les pièges à éviter complète utilement cette lecture.


💡 Vous envisagez une transformation et votre société détient des actifs significatifs ? Notre équipe vous accompagne de la décision à l’inscription modificative au RCS. Contactez-nous pour un échange préalable sans engagement.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil, ancien dirigeant d’une LegalTech. Mise à jour : juillet 2026.


Alexis Egron
Supervise les dossiers du réseau · relu le 08.07.26
300 € HT
vérifié avant dépôt
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