STATUTS & REFONTE 22.06.26 · 6 MIN

Clauses d'agrément et transformation : les pièges à éviter

Clauses d'agrément, statuts oubliés, unanimité SARL→SAS : découvrez les 4 pièges statutaires qui bloquent ou invalident une transformation de société.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 Les clauses d'agrément insérées dans les statuts ou un pacte d'associés peuvent bloquer une transformation si elles visent explicitement le changement de forme juridique.
02 La transformation d'une SARL en SAS requiert l'unanimité des associés (article L227-3 du Code de commerce) : une seule voix contraire suffit à paralyser l'opération.
03 Les clauses oubliées lors de la refonte des statuts (préemption, inaliénabilité, droits préférentiels) créent des conflits post-transformation difficiles à résoudre.

Une clause d’agrément ou une disposition statutaire oubliée est le premier motif d’échec ou de contentieux d’une transformation de société. Si vous préparez le passage de votre SARL en SAS, la réponse tient en une phrase : relisez l’intégralité de vos statuts et de vos pactes d’associés avant de convoquer l’assemblée, car une seule clause négligée peut invalider l’opération ou déclencher un litige entre associés. Cet article détaille les quatre pièges statutaires qui bloquent une transformation, et la méthode pour les désamorcer.

Au moment où une société décide de changer de forme, elle franchit rarement une simple étape administrative : c’est un choix de maturité, le plus souvent lié à une levée de fonds, à l’entrée d’un investisseur ou à une réorganisation de la gouvernance. Or ce moment stratégique se heurte fréquemment à des clauses rédigées des années plus tôt, dans un autre contexte, et que personne n’a relues depuis.

Prenons un fil rouge (exemple illustratif anonymisé). Sofiane dirige la SARL « NovaTech Solutions ». Un investisseur souhaite entrer au capital, à condition que la société passe en SAS — la seule forme qui autorise la souplesse statutaire et les catégories d’actions qu’il exige. Sur le papier, l’opération est limpide. En pratique, Sofiane découvre que ses statuts d’origine comportent une clause d’agrément et qu’un associé minoritaire, présent depuis le début, n’est pas convaincu. C’est exactement là que se jouent les pièges décrits ci-dessous.

Pourquoi les clauses statutaires sont le premier obstacle à la transformation

La transformation ne se réduit pas à une formalité de greffe. Elle suppose une refonte intégrale des statuts, soumise à des conditions de majorité strictes selon la forme de départ — et parfois à des mécanismes d’agrément que les fondateurs avaient insérés à la constitution, puis oubliés.

Ces clauses sont pleinement opposables. Qu’elles figurent dans les statuts ou dans un pacte d’associés, elles produisent des effets juridiques réels. La transformation décidée sans les respecter s’expose à une demande de nullité. Décider, ici, c’est d’abord auditer : savoir ce que vos propres statuts autorisent avant de fixer le calendrier de l’opération.

⚠️ Point de vigilance : une transformation régulière ne crée pas de personne morale nouvelle (article 1844-3 du Code civil ; article L210-6 du Code de commerce). Le SIREN, les contrats et le patrimoine sont conservés — mais les droits statutaires des associés, eux, peuvent être profondément modifiés si la refonte des statuts n’est pas conduite avec soin.

Piège n°1 : la clause d’agrément qui vise explicitement le changement de forme

Certains statuts rédigés lors de la constitution de la société prévoient qu’une décision emportant une “modification substantielle” de la société, ou spécifiquement un “changement de forme juridique”, est soumise à l’agrément préalable d’un ou plusieurs associés, voire d’un tiers (investisseur, holding familiale, banque).

Conséquences pratiques :

  • Si la clause est ignorée et que la transformation est votée sans respecter la procédure d’agrément, les associés lésés peuvent saisir le tribunal.
  • L’agrément peut n’être que formel (simple notification) ou substantiel (droit de blocage, droit de rachat à un prix défini).
  • Un tiers titulaire d’un droit d’agrément peut conditionner son accord à des contreparties financières.

La solution : identifier ces clauses avant tout, et si nécessaire, les supprimer par une décision préalable ou obtenir l’agrément requis avant de procéder à la transformation.

Piège n°2 : l’unanimité obligatoire pour la SARL en SAS

C’est la règle la plus contraignante du droit des sociétés en la matière. L’article L227-3 du Code de commerce impose l’unanimité des associés pour qu’une SARL adopte la forme SAS.

Cela signifie concrètement :

Nombre d’associésVotes “pour” nécessairesEffet d’un seul refus
2 associés2 sur 2Blocage total
3 associés3 sur 3Blocage total
10 associés10 sur 10Blocage total

Un associé minoritaire à 5 % dispose donc d’un droit de veto absolu sur la transformation en SAS. Cette réalité est souvent sous-estimée lors de la planification de l’opération. C’est précisément l’écueil de Sofiane : son associé minoritaire, sans détenir le contrôle, détient le pouvoir de bloquer l’entrée de l’investisseur. La décision stratégique n’est plus seulement « quelle forme choisir » mais « comment obtenir l’adhésion de chaque associé avant l’assemblée ».

Comment contourner ce blocage ?

Plusieurs voies existent : racheter les parts de l’associé récalcitrant avant l’assemblée, trouver un accord transactionnel, ou envisager une autre forme cible (la transformation en société anonyme, par exemple, n’est pas soumise à la même règle d’unanimité, mais impose d’autres contraintes, notamment le commissaire à la transformation prévu par l’article L224-3 du Code de commerce).

⚠️ Le piège que personne ne chiffre à temps : le régime social du dirigeant. Le blocage juridique n’est pas le seul angle mort. En SARL, le gérant majoritaire est travailleur non salarié (TNS), avec des cotisations sociales relativement faibles assises sur sa rémunération. Dès que la société passe en SAS, le président devient assimilé salarié : ses cotisations sociales, calculées sur sa rémunération, sont sensiblement plus élevées, ce qui alourdit le coût URSSAF global pour un même revenu net visé. Beaucoup de dirigeants découvrent cette hausse après coup. Avant de fixer la forme cible, simulez votre rémunération nette après transformation : la souplesse de la SAS a un prix social qu’il faut intégrer à la décision.

Pour une vision complète de la procédure, consultez notre article Passer de SARL en SAS : procédure complète.

Piège n°3 : les clauses oubliées lors de la refonte des statuts

La transformation implique la rédaction de statuts entièrement nouveaux, adaptés à la forme cible. C’est lors de ce travail de refonte que des clauses essentielles sont parfois omises — non par mauvaise volonté, mais par manque de méthode.

Parmi les clauses les plus fréquemment oubliées :

  • Clause de préemption : droit prioritaire d’achat des parts en cas de cession. Si elle disparaît des nouveaux statuts, un associé peut céder ses actions à un tiers sans que les autres en soient informés.
  • Clause d’inaliénabilité : blocage temporaire de la cession des titres, souvent prévu pour les fondateurs pendant les premières années.
  • Droits préférentiels : droits financiers spécifiques accordés à certains associés (dividendes prioritaires, droits de sortie conjointe).
  • Modalités de convocation et de majorité : des règles sur mesure décidées à la constitution peuvent ne pas figurer dans les nouveaux statuts si le rédacteur reprend un modèle standard.

📌 Rappel : le PV de décision de transformation doit mentionner explicitement la refonte des statuts et l’adoption du texte intégral des statuts de la société transformée. C’est ce document qui fait foi en cas de litige ultérieur.

La bonne pratique consiste à dresser un tableau de correspondance entre chaque clause des anciens statuts et son équivalent dans les nouveaux, avant de soumettre le texte à l’assemblée.

Piège n°4 : le pacte d’associés rendu partiellement inapplicable

La transformation ne met pas fin au pacte d’associés : la continuité de la personne morale (même SIREN, même patrimoine) emporte en principe la survie des engagements contractuels entre associés. Mais certaines clauses du pacte peuvent devenir inapplicables ou contradictoires avec la nouvelle forme sociale.

Exemples courants :

  • Un pacte SARL qui prévoit des règles de majorité “conformes aux dispositions légales applicables aux SARL” : ces références deviennent caduques dans une SAS.
  • Une clause de drag-along ou de tag-along rédigée en référence aux “parts sociales” : après transformation en SAS, les titres sont des “actions” — la rédaction peut prêter à contestation.
  • Des clauses relatives au mandat du gérant : après transformation, la société n’a plus de gérant mais un président. Le mandat s’éteint de facto.

Il est donc indispensable de relire et, si nécessaire, de modifier ou renouveler le pacte d’associés au moment de la transformation, en même temps que la refonte des statuts.

Pour comprendre l’ensemble du cadre légal applicable, retrouvez toutes nos ressources sur la transformation de société.


Ce que couvre notre accompagnement

Chez transformation-societe.fr, l’accompagnement à la transformation inclut systématiquement une phase d’analyse des statuts en vigueur avant toute décision. Nous identifions les clauses bloquantes, les droits particuliers à préserver et les conditions de majorité applicables à votre situation.

La procédure complète — refonte des statuts, annonce légale, dépôt au guichet unique INPI, mise à jour du RCS et du RNE — est prise en charge pour des honoraires précisés dans le devis, auxquels s’ajoutent les débours (annonce légale et frais de greffe). Pour une transformation SARL/EURL vers SAS/SASU, l’intervention d’un commissaire à la transformation est obligatoire en vertu de l’article L227-3 du Code de commerce — son coût est variable et établi sur devis.

Pour connaître le coût total applicable à votre transformation, consultez notre article Combien coûte une transformation de société en 2026 ?.

💡 Vous souhaitez vérifier vos statuts avant de lancer la procédure ? Contactez notre équipe via notre formulaire de contact — nous analysons votre situation et vous indiquons les éventuels points de blocage avant tout engagement.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil.

Dernière mise à jour : 22 juin 2026.

Alexis Egron
Supervise les dossiers du réseau · relu le 22.06.26
300 € HT
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