STATUTS & REFONTE 19.07.26 · 8 MIN

Refonte des statuts SARL en SAS : guide complet

Transformer votre SARL en SAS impose une refonte totale des statuts. Découvrez les clauses obligatoires, les pièges à éviter et la procédure pas à pas en 2026.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 La transformation SARL → SAS n'est pas une simple modification : les statuts sont intégralement refondus selon la logique contractuelle de la SAS.
02 La décision doit être prise à l'unanimité des associés (article L227-3 du Code de commerce) et précéder le dépôt au guichet unique INPI.
03 Un commissaire à la transformation est obligatoire : son rapport sur la valeur des actifs doit être déposé au greffe avant l'assemblée de transformation.

La transformation d’une SARL en SAS impose une refonte intégrale des statuts : impossible d’amender l’ancien document à la marge. Les statuts de SAS obéissent à une logique contractuelle radicalement différente de celle d’une SARL. Cette opération conditionne la validité juridique de toute la procédure et, en pratique, c’est souvent là que les fondateurs perdent du temps — ou commettent des erreurs durables.

Pourquoi la refonte est totale, pas partielle

Une SARL fonctionne sur un moule légal très encadré : les statuts se contentent souvent de reproduire les règles du Code de commerce avec quelques adaptations. La SAS, à l’inverse, est une forme à fort degré de liberté statutaire. Le législateur a voulu que les associés organisent eux-mêmes la gouvernance, les droits de vote, les conditions de cession, les décisions réservées à la collectivité.

Résultat : vous ne pouvez pas prendre vos anciens statuts de SARL, barrer “gérant” et écrire “président”. Les clauses de SARL — quorum de gérance, conditions de cession de parts sociales, régime des assemblées d’associés — n’ont tout simplement aucun équivalent automatique en SAS. Certaines notions n’existent pas dans l’une des deux formes.

⚠️ Piège fréquent : conserver dans les statuts SAS des références aux “parts sociales” ou à la “gérance”. Ces termes sont propres à la SARL. Dans une SAS, on parle d’actions et de présidence. Une clause mal rédigée peut créer une ambiguïté sur la nature des titres ou sur les pouvoirs du dirigeant.

La refonte est aussi l’occasion — et souvent la nécessité — d’intégrer des clauses inexistantes dans la SARL : clause d’agrément sur les actions, clause d’inaliénabilité temporaire, droits de préemption, éventuellement actions de préférence si un investisseur entre au capital. C’est précisément pour ces raisons que Sofiane, fondateur de NovaTech Solutions, a choisi de transformer sa SARL en SAS : son investisseur exigeait des actions de préférence et une clause de liquidation préférentielle, deux mécanismes impossibles à mettre en place dans une SARL classique.

Les clauses obligatoires dans les statuts de SAS

La SAS laisse une grande liberté, mais certaines mentions sont impératives. Les statuts doivent contenir :

MentionDétail
Dénomination socialeIdentique ou modifiée, suivie de “SAS” ou “Société par actions simplifiée”
Siège socialAdresse complète ; peut être modifié en même temps que la transformation
Objet socialActivité(s) exercée(s) ; souvent élargi lors de la refonte
DuréeEn principe 99 ans maximum
Capital socialMontant, répartition en actions, valeur nominale
Conditions d’émission et de cession des actionsClauses d’agrément, de préemption, d’inaliénabilité le cas échéant
Organisation et décisions collectivesQuorum, majorité, décisions ordinaires vs. extraordinaires
PrésidenceModalités de désignation, pouvoirs, durée du mandat
Direction générale (si applicable)Directeur général, comité de direction…

À ces mentions s’ajoutent, selon la situation, les clauses de sortie (drag along, tag along), les droits particuliers attachés à certaines actions, ou encore les règles de dissolution anticipée. Ces clauses ne sont pas légalement imposées, mais elles sont attendues par tout investisseur sérieux et protègent les fondateurs en cas de désaccord futur.

💡 Conseil de praticien : ne rédigez pas les statuts de SAS en vous inspirant d’un modèle générique téléchargé en ligne. Les statuts doivent refléter votre situation réelle — nombre d’associés, présence ou non d’un investisseur, perspective de cession à horizon 3-5 ans. Un modèle inadapté génère des blocages lors des décisions collectives ou des conflits lors d’une cession.

La procédure de décision et le rôle du commissaire à la transformation

Avant même de rédiger les nouveaux statuts, il faut respecter une séquence procédurale précise. C’est là que beaucoup de dossiers achoppent.

Étape 1 — Désignation du commissaire à la transformation

Conformément à article L227-3 du Code de commerce, toute transformation d’une SARL en SAS requiert l’intervention d’un commissaire à la transformation. Il est désigné à l’unanimité des associés, ou à défaut par ordonnance du président du tribunal de commerce statuant sur requête du dirigeant.

Sa mission : établir un rapport sur la valeur des biens composant l’actif social et vérifier l’existence d’avantages particuliers consentis à certains associés. Ce n’est pas un audit comptable ordinaire — c’est une garantie légale que la transformation ne lèse aucun associé et que la valeur de la société est loyalement appréciée.

Étape 2 — Dépôt du rapport avant l’assemblée

Le rapport du commissaire à la transformation doit être déposé au greffe et tenu à la disposition des associés avant la tenue de l’assemblée générale extraordinaire. [À VÉRIFIER : délai minimal légal de mise à disposition selon la forme et les statuts en vigueur.] Ne convoquez jamais l’assemblée sans ce rapport : la décision serait exposée à une annulation.

Étape 3 — Décision unanime des associés

La transformation d’une SARL en SAS se décide à l’unanimité des associés, exigence posée par article L227-3 du Code de commerce. C’est une règle d’ordre public : aucun statut ne peut prévoir une majorité inférieure. Dans le cas de Sofiane, il détenait 70 % de NovaTech Solutions et son associé 30 % : sans l’accord de ce dernier, la transformation était impossible. La négociation préalable entre associés est donc aussi importante que la rédaction des statuts.

Étape 4 — Adoption des nouveaux statuts

L’assemblée générale extraordinaire prend acte du rapport du commissaire, vote la transformation à l’unanimité, et adopte simultanément les nouveaux statuts de SAS. Le procès-verbal de l’AGE constitue la pièce centrale du dossier de transformation.

Pour une vision d’ensemble de cette procédure et des autres formalités qui l’entourent, consultez notre page dédiée à passer de SARL en SAS.

Ce que les nouveaux statuts doivent régler immédiatement

La refonte ne concerne pas seulement la forme. Plusieurs décisions structurantes doivent être actées dans les statuts ou dans l’acte de transformation lui-même.

Le sort du gérant

Dans une SARL, la direction est assurée par un gérant. Dans une SAS, c’est un président. La transformation met fin, de plein droit, aux fonctions de gérant. La même personne peut être nommée présidente, mais cette nomination doit figurer explicitement dans l’acte ou être décidée simultanément. Ne pas l’oublier : une SAS sans président désigné est une société sans représentant légal — situation bloquante pour toute démarche administrative.

📌 Point de vigilance social : le changement de titre n’est pas anodin. Le gérant majoritaire de SARL relève du régime travailleur non salarié (TNS). Le président de SAS est assimilé salarié. Cette différence a un impact direct sur le coût des cotisations sociales, sur la couverture prévoyance et sur la retraite. Avant de signer les statuts, simulez le coût réel du changement de régime avec votre expert-comptable ou votre conseiller. C’est l’un des pièges les plus sous-estimés de la transformation SARL → SAS.

Le régime fiscal

La transformation régulière est en principe neutre fiscalement : article 1844-3 du Code civil et article L210-6 du Code de commerce garantissent qu’il n’y a pas de création d’une personne morale nouvelle. Mais attention : si votre SARL était soumise à l’IR (option possible pour les SARL de famille ou les SARL éligibles), le passage en SAS peut emporter des conséquences sur le régime d’imposition des bénéfices. [À VÉRIFIER selon votre situation avec votre conseil fiscal.]

Les clauses de cession et d’agrément

Les parts sociales de SARL sont encadrées par des règles légales de cession relativement protectrices. Dans une SAS, la cession d’actions est libre par défaut — sauf clauses contraires dans les statuts. C’est précisément pour cela que la refonte est stratégique : si vous ne rédigez pas une clause d’agrément ou de préemption, n’importe quel associé peut céder ses actions à un tiers sans votre accord. Sur ce point, lisez notre article sur les clauses d’agrément et transformation : les pièges à éviter.

Si votre société a un capital social faible et que des questions se posent sur sa suffisance au moment de la transformation, consultez également notre guide sur le capital social insuffisant lors d’une transformation.

Les formalités post-adoption : de l’AGE au nouveau Kbis

Une fois les statuts adoptés, la procédure de publicité et d’enregistrement s’enclenche. Elle conditionne l’opposabilité de la transformation aux tiers.

L’annonce légale de transformation

Avant le dépôt au guichet unique, vous devez publier un avis de transformation dans un support habilité à recevoir les annonces légales du département du siège, conformément à la loi n° 55-4 du 4 janvier 1955. Le coût de cette annonce est 199 € HT (229 € HT à La Réunion et à Mayotte).

L’annonce doit comporter des mentions précises : ancienne forme sociale, nouvelle forme, dénomination, capital, siège, numéro SIREN, décision d’AGE. Une mention manquante peut entraîner un rejet du dossier par le greffe ou une irrégularité de la publicité. Pour éviter cet écueil, consultez notre article sur les mentions obligatoires de l’annonce légale de transformation et, si vous avez un doute sur une mention absente, notre article sur l’annonce légale de transformation : mention manquante.

Le dépôt au guichet unique INPI

Le dossier complet est déposé via le guichet unique des formalités des entreprises (plateforme INPI). Il comprend notamment :

  • Le procès-verbal d’AGE constatant la transformation et adoptant les nouveaux statuts
  • Les statuts de SAS signés
  • Le rapport du commissaire à la transformation
  • L’attestation de parution de l’annonce légale
  • Le formulaire de déclaration de modification
  • La déclaration des bénéficiaires effectifs mise à jour (19,33 €)

Les frais de greffe pour un changement de forme juridique s’élèvent à 192,09 € TTC. Le SIREN est conservé, mais le Kbis est mis à jour pour mentionner la nouvelle forme sociale, la nouvelle dénomination des dirigeants et les références aux nouveaux statuts.

Pour les fondateurs basés en Île-de-France, notre article changer de forme juridique à Paris : guide 2026 détaille les spécificités locales de procédure.

💡 Notre accompagnement : chez transformation-societe.fr, nous prenons en charge la production du procès-verbal, la coordination avec le commissaire à la transformation, la publication de l’annonce légale et le dépôt au guichet unique. Honoraires : 300 € HT + débours (annonce légale 199 € HT (229 € HT à La Réunion et à Mayotte), frais de greffe 192,09 € TTC, DBE 19,33 €). Le commissaire à la transformation est chiffré sur devis, selon la complexité de l’actif. Contactez-nous pour un devis personnalisé.

Tableau récapitulatif : SARL vs SAS, les différences clés à intégrer dans les statuts

Point de divergenceSARLSAS
Titres représentatifs du capitalParts socialesActions
Organe de directionGérant (majoritaire ou minoritaire)Président (+ éventuellement DG, comité…)
Régime social du dirigeanttravailleur non salarié (TNS) si majoritaireassimilé salarié
Règle de cessionAgrément légal obligatoire vers tiersLibre par défaut (clause d’agrément à prévoir)
Décisions collectivesAGE / AGO selon règles légalesOrganisées librement dans les statuts
Actions de préférenceImpossiblesPossibles
Commissaire à la transformationN/AObligatoire lors du passage vers SAS
Capital minimumAucunAucun
Entrée d’investisseursLimitée (parts, agrément)Facilitée (actions, catégories diverses)

Ce tableau illustre pourquoi la refonte des statuts n’est pas une formalité : chaque ligne correspond à une décision à prendre et à rédiger explicitement dans le nouveau document. Une SAS dont les statuts restent vagues sur les conditions de cession ou les modalités de décision collective est une SAS qui génère des conflits dès le premier désaccord entre actionnaires.


La refonte des statuts est le cœur de la transformation SARL → SAS. Elle ne se rédige pas en quelques heures sur un modèle en ligne. Elle engage la gouvernance de votre société pour les années à venir, conditionne l’entrée de vos futurs investisseurs et détermine le régime social de votre dirigeant. Prenez le temps de la faire sérieusement — ou faites-vous accompagner par un professionnel qui connaît les deux côtés de l’opération : la procédure juridique et ses conséquences stratégiques.

Pour aller plus loin sur l’annonce légale spécifique à cette transformation, consultez notre guide complet de l’annonce légale transformation SARL en SAS 2026.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil, ancien dirigeant d’une LegalTech. Mis à jour le 8 juillet 2026.

Alexis Egron
Supervise les dossiers du réseau · relu le 08.07.26
300 € HT
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