CAS PARTICULIERS 08.07.26 · 7 MIN

Transformation SARL en SAS : vos contrats en cours

Transformation SARL en SAS et contrats en cours : bail, clients, fournisseurs. Tout ce qui change (ou pas) grâce à la continuité de la personne morale.

Sommaire — 6 parties
L'ESSENTIEL EN TROIS LIGNES
01 La transformation SARL en SAS ne crée pas de personne morale nouvelle : le SIREN et tous les contrats en cours sont conservés de plein droit (article 1844-3 du Code civil).
02 Aucune novation contractuelle n'est nécessaire : vos clients, fournisseurs et bailleur restent liés à la même entité juridique.
03 Certains contrats contiennent des clauses de changement de contrôle ou de forme sociale : vérifiez-les avant de décider.

La transformation d’une SARL en SAS ne crée pas de nouvelle personne morale. En vertu de l’article 1844-3 du Code civil et de l’article L210-6 du Code de commerce, le SIREN est conservé, le patrimoine est maintenu, et tous les contrats en cours — bail commercial, contrats clients, contrats fournisseurs — se poursuivent de plein droit sans signature ni novation.

Ce que dit la loi : le principe de continuité contractuelle

Le fondement est simple et solide. L’article 1844-3 du Code civil pose que la transformation régulière d’une société n’entraîne pas la création d’une personne morale nouvelle. L’article L210-6 du Code de commerce confirme cette règle pour les sociétés commerciales.

Concrètement, cela signifie que votre SARL et votre future SAS sont la même entité aux yeux du droit. Même numéro SIREN, même patrimoine, même historique contractuel. Le changement de forme juridique est une modification de la « robe » de la société, pas de son âme juridique. Pour en savoir plus sur cette continuité, consultez notre article dédié : transformation SARL en SAS : la même société ?

Cette continuité s’applique à l’ensemble des relations contractuelles :

  • les contrats en cours d’exécution (prestations, fournitures, licences, abonnements) ;
  • les engagements financiers (prêts bancaires, crédits-baux, garanties) ;
  • les baux professionnels et commerciaux ;
  • les contrats de travail des salariés.

📌 À retenir : la transformation ne constitue pas une cession ni une résiliation. Elle n’ouvre aucun droit à rupture pour vos cocontractants, sauf clause contractuelle contraire express.

Le bail commercial : un cas qui mérite une attention particulière

Le bail commercial est souvent la première inquiétude des dirigeants. La réponse de principe est rassurante : le bailleur reste lié à la même personne morale. Il ne peut pas exiger la renégociation du loyer, la signature d’un nouveau bail ou le versement d’un nouveau dépôt de garantie sur le seul fondement du changement de forme sociale.

Cela dit, plusieurs points doivent être vérifiés avec soin.

Lisez la clause d’agrément ou de notification. Certains baux commerciaux, rédigés avec soin par des notaires ou des bailleurs institutionnels, contiennent une clause imposant au preneur de notifier tout changement de forme sociale, voire d’obtenir un accord préalable. Cette clause est distincte de la clause de cession de bail (qui concerne le changement de locataire). Si elle existe, le non-respect peut constituer un manquement contractuel.

Vérifiez les conditions résolutoires. Rares mais existantes, certaines clauses prévoient la résolution du bail en cas de modification substantielle de la structure juridique du preneur. Avant toute décision de transformation, faites relire votre bail par un professionnel.

Informez votre bailleur par écrit. Même en l’absence d’obligation légale stricte, adresser un courrier d’information — au moment ou juste après la publication de l’annonce légale — est une bonne pratique. Elle évite les incompréhensions, rassure le bailleur et laisse une trace écrite.

⚠️ Attention aux SCI familiales ou baux atypiques. Si votre bailleur est une SCI contrôlée par les associés de la SARL, des questions de gouvernance ou de conflit d’intérêts peuvent se poser lors de la transformation. Une analyse au cas par cas s’impose.

Contrats clients et fournisseurs : ce qui change en pratique

Sur le plan juridique, rien ne change. Sur le plan opérationnel, quelques ajustements sont attendus.

ÉlémentAvant (SARL)Après (SAS)Action requise ?
Numéro SIRENInchangéInchangéAucune
Dénomination socialeEx. : « Dupont SARL »Ex. : « Dupont SAS »Mise à jour des en-têtes, CGV, devis, factures
Organe de directionGérantPrésidentMise à jour des documents contractuels si le nom y figure
Extrait KbisForme « SARL »Forme « SAS »Transmettre le nouveau Kbis aux partenaires qui l’exigent
Numéro de TVAInchangéInchangéAucune
RIB / IBANInchangéInchangéAucune

La dénomination de la forme juridique apparaît sur vos documents commerciaux : factures, devis, conditions générales de vente, contrats-cadres. Après la transformation, vous devrez mettre à jour ces mentions pour faire apparaître « SAS » à la place de « SARL ». Cette mise à jour est d’ordre pratique ; elle ne modifie pas la validité des contrats antérieurement conclus.

De même, si certains de vos contrats mentionnent nommément le gérant (dans une clause de représentation ou d’interlocuteur désigné), il conviendra de signaler à vos cocontractants que la dénomination du dirigeant devient « Président » et, si la personne physique change également, de leur en informer.

Pour aller plus loin sur la procédure complète, consultez notre guide passer de SARL en SAS : procédure complète.

Les clauses contractuelles à risque : comment les identifier

La continuité légale est un principe fort. Elle peut néanmoins être écartée par une clause contractuelle librement négociée. Voici les types de clauses à identifier dans vos contrats sensibles (contrats structurants, crédits, partenariats exclusifs) avant de voter la transformation.

Clause de changement de contrôle (« change of control »). Fréquente dans les contrats de financement ou les partenariats commerciaux importants, elle prévoit la possibilité pour une partie de résilier ou de renégocier si la structure de contrôle de l’autre partie change. Une transformation pure — sans modification de l’actionnariat — n’est pas un changement de contrôle. Mais certaines clauses rédigées largement visent aussi le changement de forme sociale.

Clause de solidarité des associés. Exceptionnelle dans une SARL (responsabilité limitée), elle peut avoir été stipulée dans certains contrats de crédit. La transformation en SAS ne change pas la règle de principe (responsabilité limitée), mais vérifiez si votre établissement bancaire conditionne des engagements personnels à la forme de la société.

Clause d’intuitu personae. Certains contrats de prestation sont conclus en considération de la personne du dirigeant ou de l’associé principal. Si la transformation s’accompagne d’une évolution de l’actionnariat ou d’un changement de dirigeant, cette clause mérite une attention particulière.

💡 Conseil pratique : établissez une cartographie de vos contrats sensibles (valeur, durée résiduelle, clauses spécifiques) avant la tenue de l’assemblée générale extraordinaire de transformation. Cette étape, souvent négligée, peut éviter des surprises coûteuses. Découvrez également les 7 erreurs fréquentes à éviter lors d’une transformation.

Pour comprendre l’ensemble du processus décisionnel, notamment la rédaction du procès-verbal, lisez notre article sur le PV de décision de transformation : modèle et mentions.

La procédure de transformation et son impact sur les tiers

La transformation SARL en SAS est décidée à l’unanimité des associés, conformément à l’article L227-3 du Code de commerce. Elle requiert l’intervention d’un commissaire à la transformation, chargé d’établir un rapport sur la valeur des biens composant l’actif social et sur les avantages particuliers.

Ce rapport est déposé au greffe et tenu à la disposition des associés avant la décision. Une fois la décision prise, plusieurs formalités enchaînées rendent la transformation opposable aux tiers :

  1. Publication d’une annonce légale de transformation dans un support habilité du département du siège (loi n° 55-4 du 4 janvier 1955).
  2. Dépôt du dossier au guichet unique INPI : statuts refondu, procès-verbal d’AGE, rapport du commissaire à la transformation, formulaire de modification.
  3. Inscription modificative au RCS et mise à jour du RNE : le Kbis est modifié pour indiquer la forme « SAS ».

C’est à compter de la publication au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales) que la transformation est opposable aux tiers. Vos cocontractants sont réputés en avoir connaissance à cette date. Pour tout savoir sur cette étape, consultez notre guide sur l’annonce légale transformation SARL en SAS.

La démarche complète, de la décision à l’inscription modificative, est détaillée sur notre page dédiée à passer de SARL en SAS.

Sur la question du commissaire à la transformation — obligatoire pour ce type de transformation —, consultez notre article dédié : le commissaire à la transformation : quand est-il obligatoire ?

Pour une estimation des coûts, référez-vous à notre guide combien coûte une transformation de société en 2026 ?

Ce qui change réellement pour votre activité après la transformation

La continuité contractuelle ne signifie pas l’absence de tout changement. Plusieurs évolutions concrètes méritent d’être anticipées.

Le régime social du dirigeant bascule. Le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non-salariés (TNS). Le président de SAS est assimilé salarié, rattaché au régime général. Ce changement de régime social du dirigeant n’affecte pas les contrats commerciaux, mais impacte significativement les cotisations et la protection sociale personnelle du dirigeant.

La gouvernance est repensée. La SAS est une forme à statuts libres. La transformation est l’occasion de structurer précisément les pouvoirs : président, directeur général, comité stratégique, pacte d’associés. Vos partenaires commerciaux, notamment les clients importants qui exigent un interlocuteur identifié, peuvent être rassurés par une gouvernance lisible et documentée.

Les contrats de travail sont intégralement maintenus. Les salariés ne sont pas affectés par la transformation. Leurs contrats, ancienneté et avantages acquis sont préservés. En revanche, si des clauses de leur contrat mentionnent la forme « SARL » ou visent nommément un « gérant », une information transparente reste souhaitable.

La fiscalité reste en principe neutre. La transformation régulière n’emporte pas de conséquences fiscales immédiates dès lors que la société demeure soumise à l’impôt sur les sociétés avant comme après l’opération. La situation est différente lorsque la transformation s’accompagne d’un changement de régime fiscal : un passage de l’IR à l’IS, ou l’inverse, peut entraîner la taxation des bénéfices en sursis d’imposition et des plus-values latentes sur les éléments d’actif. L’ampleur de ces conséquences dépend de la structure de votre bilan et de l’historique fiscal de la société ; faites chiffrer l’impact par votre expert-comptable avant de décider.


La transformation de votre SARL en SAS est une opération maîtrisée sur le plan contractuel : le principe de continuité vous protège. Mais l’analyse préalable des contrats sensibles, la vérification des clauses à risque et l’information de vos partenaires restent des étapes incontournables pour une transformation sans accroc.

💡 Besoin d’un accompagnement personnalisé ? Notre équipe analyse votre situation, rédige vos statuts SAS, organise l’annonce légale et dépose le dossier au guichet unique. Contactez-nous pour un devis clair, sans engagement.


Article rédigé par Alexis Egron, dirigeant de Norge Conseil.

Dernière mise à jour : 23 juin 2026.

Alexis Egron
Supervise les dossiers du réseau · relu le 23.06.26
300 € HT
vérifié avant dépôt
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